En ce moment, le bio est à la mode, avec une augmentation croissante de la consommation depuis 20 ans, mais il est aussi décrié. En effet, certains ne jure que par lui pendant que d’autres disent que ce sont les mêmes aliments en plus chers. Personnellement, je pense que le bio est mieux que la nourriture industriel, mais ce n’est pas la panacée pour autant. Mais qu’en dit la science ? Pour le savoir nous allons décrypter une méta-analyse (type d’étude ayant la plus grande valeur scientifique, elle consiste en une démarche statistique combinant les résultats de plusieurs études indépendantes afin de répondre à un problème).

Outre l’effet de mode du bio, les personnes qui consomment des produits issus de l’agriculture biologique, espère ainsi réduire les risques d’ingestion de produits tels que les pesticides, les régulateurs de croissance, les fertilisants minéraux qui sont de potentiels perturbateurs endocriniens…

Avant de commencer l’analyse, nous allons faire un petit rappel sur les normes de l’agriculture biologiques.

1. Les normes de l’agriculture biologique [1]

Les normes de production de cultures biologiques interdisent l’utilisation de produits chimiques synthétiques de protection des cultures et de certains engrais minéraux (azote, le chlorure de potassium et les superphosphates par exemple) afin de réduire les dégâts sur l’environnement (comme la présence de nitrates et de phosphore dans les eaux souterraines) et aussi de réduire le risque de résidus de pesticides dans les plantes cultivées.

Le bio est officiellement reconnue par les pouvoirs publics français depuis la loi d’orientation agricole de 1980, l’agriculture biologique a fait l’objet de cahiers des charges nationaux avant d’être régie au plan européen par le règlement (CEE) n°2092/91 du Conseil du 24 juin 1991. Depuis le 1er janvier 2009, les opérateurs bio européens disposent d’une nouvelle réglementation harmonisée au travers du règlement cadre (CE) n°834/2007 du Conseil du 28 juin 2007 et du règlement d’application (CE) n°889/2008 de la Commission du 5 septembre 2008.

Dans cette nouvelle réglementation, les principes et règles fondamentales de l’agriculture biologique sont conservés avec :

  • Un système de gestion durable pour l’agriculture,
  • Le respect des équilibres naturels et de la biodiversité,
  • Des produits de haute qualité dont l’obtention ne nuit pas à l’environnement, à la santé humaine, à la santé des végétaux, des animaux et à leur bien-être.

De plus, le mode de production biologique est fondé sur la non-utilisation de produits chimiques de synthèse, la non-utilisation des organismes génétiquement modifiés (OGM) et des produits obtenus à partir d’OGM, le recyclage des matières organiques, la rotation des cultures et la lutte biologique. L’élevage, de type extensif, fait appel à une alimentation biologique, aux médecines douces, en cas de besoin, et respecte le bien-être des animaux.

Le processus de transformation est fondé sur l’utilisation d’ingrédients biologiques, un emploi restreint d’additifs et auxiliaires de fabrication, et le recours à des procédés respectueux de l’écosystème et non-polluants.

Tout au long de la filière, du producteur au distributeur, en passant par les transformateurs, stockeurs et importateurs, les pratiques des opérateurs de l’agriculture biologique sont régulièrement contrôlées par des organismes agréés pour leur compétence, indépendance et impartialité, offrant ainsi au consommateur des produits de qualité certifiée.

Dans l’agriculture biologique, on utilise des intrants (produits que l’on apporte à la terre ou aux cultures) réguliers d’engrais organiques (comme du fumier ou du compost), l’utilisation de légumineuses en rotation (pour augmenter les niveaux d’azote du sol) et l’application de méthodes de protection des cultures préventives et non chimiques (par exemple, l’utilisation de la rotation des cultures, l’utilisation de variétés plus résistantes ou tolérantes, du désherbage mécanique et à la flamme, de produits biologiques et de produits antiparasitaires). Cependant, les normes organiques permettent l’utilisation de certains produits végétaux ou extractifs microbiens et / ou minéraux Cependant, les normes organiques permettent l’utilisation de certains produits de protection des cultures végétaux ou microbiens et / ou produits minéraux (par exemple, à base de cuivre et de soufre).

Les protocoles agronomiques utilisés dans les systèmes d’agriculture biologique peuvent également affecter l’absorption des minéraux et les processus métaboliques dans les plantes cultivées. Des études récentes ont montré que le passage des engrais minéraux aux engrais organiques entraîne des différences significatives dans les modèles d’expression des gènes et des protéines et, par conséquent, dans les profils de métabolites secondaires. Par exemple, on a retrouvé environ 10% de protéines en plus ou en moins, en réponse à des intrants d’engrais différents, chez la pomme de terre et le blé.

2. La science et le bio [2]

Après certaines études qui ne montraient aucune différence entre l’agriculture biologique et l’agriculture conventionnelle, une étude de 2014, suggère qu’il existe bel et bien une différence entre les deux.

Cette étude faisant suite à deux études rapportant aucune différence.

2.1 Pourquoi s’intéresser à la différence entre le bio et le non-bio ?

Il est intéressant d’analyser les activités et  les concentrations en antioxydantes, car il existe de fortes preuves scientifiques qu’ils apportent des avantages pour la santé,  lors d’une consommation accrue en  composés polyphénoliques et autres métabolites secondaires de plantes ayant une activité antioxydante  (comme les caroténoïdes, les vitamines C et E…). Plus important encore, un nombre important d’études d’intervention alimentaire humaine ont rapporté qu’une consommation alimentaire accrue d’aliments riches en antioxydants (comme les polyphénols) peut protéger contre les maladies chroniques, y compris les maladies cardiovasculaires, certains cancers (par exemple, cancer de la prostate) et certaines maladies neurodégénératives. En outre, ces métabolites secondaires sont de plus en plus reconnus pour contribuer de manière significative aux avantages pour la santé associés à une consommation accrue de fruits, de légumes et de grains entiers.

Plusieurs examens systématiques de la littérature ont récemment analysé les informations publiées disponibles, en utilisant à la fois des méthodes qualitatives et quantitatives, dans le but d’identifier les effets potentiels des protocoles de production organiques et conventionnels sur la qualité nutritionnelle des cultures. Cependant, ces examens systématiques, de par leur méthodologie, leurs critères d’inclusion, ne couvraient pas la majeure partie de l’information publiée ces quatre à cinq dernières années.

En conséquence, il existe encore une controverse considérable quant à savoir si l’utilisation de normes de production biologique entraîne des changements significatifs et cohérents dans les concentrations potentiellement favorables à la santé (antioxydants, polyphénol, vitamines et certains minéraux) et potentiellement dangereux (cadmium et plomb) dans les aliments. Cependant, il existe de plus en plus de preuves et une acceptation plus répandue que la consommation d’aliments biologiques risque de réduire l’exposition aux résidus de pesticides.

L’objectif principal de cette étude est de quantifier les différences de composition entre les cultures organiques conventionnelles.

Cette étude portait spécifiquement sur les métabolites secondaires des plantes (en particulier les antioxydants tels que les polyphénols et les caroténoïdes, mais aussi les vitamines), les pesticides chimiques synthétiques potentiellement nocifs, les métaux toxiques (y compris le cadmium, l’arsenic et le plomb), les nitrates (NO3-), les nitrites (NO2-), les macronutriments (y compris les protéines, les acides aminés, les hydrates de carbone et les sucres réducteurs comme le fructose et le glucose par exemple) et les minéraux.

N.B : Les métabolites produits par les microorganismes sur les plantes (comme les mycotoxines) n’ont pas fait l’objet de la présente revue systématique de la littérature et des méta-analyses.

2.3 Que faut-il retenir de cette étude ?

Cette étude réunis l’analyse de 343 publications, et a comparé les différences entre les deux types d’agricultures. Environ 70% des études incluses dans les méta-analyses ont été réalisées en Europe, principalement en Italie, en Espagne, en Pologne, en Suède, en République Tchèque, en Suisse, en Turquie, au Danemark, en Finlande et en Allemagne, la plupart des études restantes étant Effectué aux États-Unis, au Brésil, au Canada et au Japon.

L’activité antioxydante :

Cette étude a montré que l’activité antioxydante était en moyenne plus élevée de 17 % dans les produits issus de l’agriculture biologiques.

La différence de pourcentage moyen des différents composés antioxydants était comprise entre 18 et 69 %, en moyenne.

On retrouve dans le bio :

  • 17 % de plus de caroténoïdes
  • 12 % de plus de xanthophylles
  • 6 % de plus de lutéine
  • 5 % de plus de vitamine C
  • 15 % de moins de vitamine E

Cette présence en antioxydants étant expliquée par le fait que les cultures biologiques ont besoin de produire ces substances lors d’agression par les insectes, les maladies… Les cultures conventionnelles étant protégées par la pulvérisation de produits chimiques.

Métaux toxiques, azote, nitrate, nitrite

Cette étude montre des concentrations significativement plus faibles de cadmium (métal toxique) et d’azote dans les cultures organiques, tandis que des concentrations inférieures de nitrate et de nitrite ont aussi été retrouvé dans les cultures organiques.

On retrouve dans le bio :

  • 48 % de moins de cadmium
  • 87 % de moins de nitrites
  • 30 % de moins de nitrates
  • 10 % de moins d’azote

Pour l’arsenic et le plomb, aucune différence significative n’a pu être détectée dans leurs concentrations entre les cultures organiques et conventionnelles.

Les pesticides :

Les méta-analyses standard ont montré que la fréquence de l’apparition de résidus de pesticides détectables était quatre fois plus élevée dans les cultures conventionnelles (46 %) que dans les cultures biologiques (11 %).

Les fruits issus de l’agriculture conventionnelle avaient une fréquence plus élevée (75 %) d’apparition de résidus de pesticides que les légumes (32 %) et les aliments transformés (45 %), alors que les taux de contamination étaient très similaires dans les différents types de cultures organiques.

Les minéraux :

En ce qui concerne les minéraux, cette étude n’a pas démontré de différences importantes entre les deux types de cultures.

On retrouve dans le bio :

  • 82 % de plus de rubidium
  • 65 % de plus de molybdène
  • 57 % de plus de gallium
  • 5 % de plus de zinc
  • 4 % de plus de magnésium
  • 59 % de moins de chrome
  • 26 % de moins de strontium

N.B : les différences pour le zinc et le magnésium sont relativement faibles. De plus, il existe des informations limitées quant à l‘impact potentiel sur la santé de l’ingestion du chrome, du gallium, du molybdène et du strontium.

Macronutriments et fibres :

Les méta-analyses non pondérées et pondérées ont permis de détecter des concentrations significativement plus élevées d’hydrates de carbone (glucides) et des concentrations significativement plus faibles de protéines, d’acides aminés et de fibres dans les cultures organiques et les aliments faits à base de ses cultures.

On retrouve dans le bio :

  • 7 % de glucides en plus (25 % de glucides totaux)
  • 2 % de matière sèche en plus
  • 15 % de protéines en moins
  • 11 % d’acides aminés en moins
  • 8 % de fibres en moins

2.4 L’agriculture bio meilleure que l’agriculture conventionnelle

Sur la base des différences rapportées, les résultats indiquent qu’un passage de la consommation conventionnelle à la consommation de cultures organiques entraînerait une augmentation de 20-40 % (et pour certains composés de plus de 60 %) des niveaux d’ingestion d’antioxydants sans augmentation des apports énergétiques.

Pour exemple : 1 ou 2 portions de fruits ou légumes bio, correspondent à 5 portions de fruits ou légumes conventionnelle, en terme d’apport en antioxydants.

De plus, comme nous l’avons vu, le cadmium est moins présent dans les aliments bio. Ce qui est important quand on sait que c’est un métal hautement toxique et l’un des seuls contaminants métalliques toxiques (les deux autres étant le plomb et le mercure) pour lesquels la Commission européenne a fixé des teneurs maximales en résidus dans les aliments. Le cadmium s’accumule dans le corps humain (en particulier dans le foie et les reins) et, par conséquent, les niveaux d’ingestion de cadmium alimentaire doivent être maintenus aussi bas que possible. Ces résultats confirment les résultats d’études antérieures.

En ce qui concerne, les pesticides, la fréquence d’apparition 4 fois supérieure dans l’agriculture conventionnelle confirme les données antérieures. Par ailleurs, un nombre important d’échantillons de cultures inclus dans la surveillance réglementaire des résidus de pesticides de l’Autorité Européenne de Sécurité des Aliments en Europe, a montré des résidus de pesticides au-dessus de la limite autorisée dans : 6.2 % d’épinards, 3.8 % d’avoine, 3.4 % de pêche, 3 % à l’orange, 2.9% de fraises et de laitues, 2.8% de raisins de table et 2 à 7% d’échantillons de pomme analysés. De plus, il existe encore une controverse scientifique sur la sécurité de certains pesticides actuellement autorisés (composés organophosphorés) même à des niveaux inférieurs aux limites autorisées et des mélanges complexes de pesticides, car les effets additifs / synergiques des mélanges de pesticides ont été documentés et les essais de sécurité des mélanges de pesticides ne sont actuellement pas requis dans le cadre du processus réglementaire d’approbation des pesticides. À l’instar du cadmium, le risque d’exposition aux résidus de pesticides moins élevé peut être considéré comme souhaitable, mais les avantages potentiels pour la santé associés à la réduction de l’exposition aux pesticides par un passage à la consommation d’aliments biologiques sont impossibles à estimer.

On a constaté que les concentrations de protéines, d’acides aminés et d’azote (qui sont connues pour être positivement corrélées dans les plantes) étaient plus faibles dans les cultures organiques, ce qui correspond aux résultats d’études antérieures qui ont associé des concentrations de protéines plus faibles à des entrées d’azote et la disponibilité de l’azote dans les systèmes de production de cultures biologiques. La signification nutritionnelle de ces concentrations légèrement inférieures de protéines et d’acides aminés dans les cultures biologiques à la santé humaine est susceptible d’être faible, car les régimes européens et nord-américains fournissent généralement des quantités suffisantes ou même excessives de protéines et d’acides aminés essentiels. En outre, bien que certaines études aient conclu que la teneur en protéines dans la plupart des régimes européens et nord-américains est trop élevée et que cela contribue à l’incidence croissante du diabète et de l’obésité, d’autres études ont indiqué que l’augmentation des taux d’ingestion de protéines pourrait être une stratégie pour prévenir l’obésité. Par conséquent, il est peu probable que les plus faibles concentrations de protéines et d’acides aminés dans les aliments biologiques présentent un impact nutritionnel ou sanitaire important.

Les concentrations plus élevées de nitrates et de nitrites dans les cultures conventionnelles sont également liées à des intrants d’azote minéraux élevés, car les nitrites et les nitrates sont connus pour s’accumuler dans les plantes à parti de ces intrants. Les concentrations plus élevées de nitrites dans les cultures conventionnelles et les aliments transformés à base de ces cultures sont indésirables sur le plan nutritionnel, car ils ont été décrits comme étant des facteurs de risque de cancer de l’estomac et de méthémoglobinémie chez l’homme. L’augmentation des niveaux d’ingestion de nitrites est largement considérée comme potentiellement dangereux pour la santé humaine, mais il existe encore une controverse sur les effets potentiels sur la santé de l’apport alimentaire de nitrates dans les cultures.

Conclusion

Cette étude semble donc montrer que la consommation d’aliments issus de l’agriculture est meilleure pour la santé. Ce qui est intéressant quand on sait que les aliments bio sont plus cher.

Mais il faut aussi rester critique sur la provenance du bio, car bio ne signifie pas local, et les pays ont des règles différentes pour labéliser leurs produits. Se fournir chez de petits producteurs prêt de chez vous reste un des meilleures solutions.

 

BIBLIOGRAPHIE

[1]  Règlement (CE) N° 834/2007 du conseil du 28 juin 2007 relatif à la production biologique et à l’étiquetage des produits biologiques et abrogeant le règlement (CEE) n° 2092/91.

[2] Barański M, Srednicka-Tober D, Volakakis N, Seal C, Sanderson R, Stewart G, Benbrook C, Biavati B, Markellou E, Giotis C, Gromadzka-Ostrowska J, Rembiałkowska E, Skwarło-Sońta K, Tahvonen R, Janovská D, Niggli U, Nicot P, Leifert C. Higher antioxidant and lower cadmium concentrations and lower incidence of pesticide residues in organically grown crops: a systematic literature review and meta-analyses. Br J Nutr. 2014 Sep 14;112(5):794-811.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*
*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.