Le but de cet article est de vous présenter les facteurs de risque d’atteintes discales dans un premier temps. Puis dans un second temps, de vous présenter les facteurs mécaniques bénéfiques à la bonne santé des disques intervertébraux. Avant de commencer, je voulais rappeler que le fait d’avoir des disques intervertébraux en bonne santé ne protège pas à coup sûr des douleurs et que l’on peut avoir des disques dégénérés sans aucune douleur.

1) Petits rappels sur la physiologie de la croissance du disque [1]

Il faut savoir que les disques intervertébraux dégénèrent beaucoup plus tôt que les autres tissus musculo-squelettiques, les premiers signes de dégénérescence des disques lombaires étant observés dans la tranche d’âge des 11-16 ans, avec environ 20 % des adolescents qui ont des disques présentant des signes légers de dégénérescence.

Par ailleurs, le développement du disque s’achève un peu avant l’âge de 30 ans, avec les plaques de croissances qui sont fusionnées au début de la vingtaine et le développement du disque s’effectuant ensuite. Les cellules embryonnaires diminuent nettement dans le disque à la fin de la deuxième décennie de vie, expliquant sûrement que la dégénérescence discale est pratiquement inexistante chez les jeunes individus et, à partir de la troisième décennie de vie, elle augmente avec l’âge.

2)    Le disque sain et dégénératif [2]

Il existe des différences entre le disque sain et le disque dégénératif. Je vous mets deux schémas pour que vous ayez une idée des différences.

Le microenvironnement du disque physiologique :

Le microenvironnement du disque pathologique :

3) Les facteurs de risque d’atteintes discales [3-10]

Dans cette partie, je vais vous présenter les facteurs de risque qui reviennent le plus souvent dans la littérature. En effet, pour prendre soin de ses disques il peut être intéressant de connaître les facteurs qui vont les impacter négativement afin de les éviter dans la mesure du possible ou tout simplement d’avoir conscience de leurs existences.

Les facteurs de risque :

  • La prédisposition génétique serait de loin le principal facteur de risque. On peut aussi retrouver les « facteurs familiaux » qui regroupe la génétique et l’environnement familial.
  • Un travail qui amène de la charge sur le rachis lombaire. Les résultats de certaines études suggèrent qu’il existe des preuves de qualités modérées d’une association entre la charge professionnelle et la dégénérescence discale. Il existe des preuves de qualités faibles ou très faibles entre la charge et la hauteur du disque, le bombement discal, les ostéophytes, les modifications de Modic, les nodules de Schmorl et d’autres anomalies de la plaque terminale. Bien qu’il semble y avoir une association modeste entre la charge professionnelle lourde et les résultats dégénératifs de la colonne vertébrale.
  • Un travail pénible qui réunit pression professionnelle et une mauvaise satisfaction au travail (avec une pression mentale qui pourrait augmenter la pression sur le disque ou alors entrainer des problèmes vasculaires qui vont diminuer la vascularisation du disque…).
  • La sédentarité (travail sédentaire ou manque d’activité physique) : l’inactivité physique est associée à des changements délétères dans la structure de la colonne lombo-sacrée. Le rétrécissement du disque intervertébral est une caractéristique de la discopathie dégénérative, suggérée par certains comme étant le facteur de risque structurel le plus important pour la lombalgie. Une étude a mis en évidence une relation dose-réponse entre l’inactivité physique et les anomalies structurelles de la colonne lombo-sacrée, notamment une hauteur de disque intervertébral faible et une augmentation de la présence de graisse dans les multifidus (>50 %). Les résultats confirment que dans une population adulte, l’inactivité physique est associée à une lombalgie de forte intensité et à l’invalidité.
  • Le tabagisme
  • Le surpoids et l’obésité augmentent le risque d’avoir des douleurs radiculaires et de type sciatique
  • Il semblerait que la taille soit aussi un facteur de risques avec plus de risque pour les personnes de plus d’1m90 comparativement à celle de moins d’1m79.
  • L’athérosclérose a un impact négatif sur le flux sanguin vers les vertèbres et les plateaux vertébraux, et l’athérosclérose de l’aorte abdominale a été associée à la dégénérescence discale et aux douleurs dorsales.

Dorénavant, vous connaissez les facteurs de risques d’atteintes discales. Cependant, même si le caractère le plus important n’est pas un facteur modifiable, à savoir, la génétique, plusieurs facteurs en revanche, le sont.

4) Petits rappels sur la physiologie de la nutrition du disque intervertébral

Avant de passer sur l’activité physique et la santé du disque, je vais faire des rappels sur la nutrition du disque, qui permettent d’expliquer comment et quelle activité peut être bénéfique pour le disque.

À l’âge adulte, la santé du disque dépend de la diffusion des nutriments à travers les plaques terminales, bien que l’anneau externe soit alimenté par des vaisseaux sanguins, comme je vous l’explique dans l’article :

https://mickaelclement.com/la-science-et-le-sport/physio-update-04-le-disque-intervertebral-et-la-hernie-discale/

En ce qui concerne la nutrition du disque, il existe des petits solutés, tels que l’oxygène et le lactate, qui se déplacent à travers le disque par diffusion, et sur lesquels une « action de pompage » par le mouvement ne semble pas jouer un rôle dans le déplacement de ces petits solutés. Cette diffusion va dépendre de l’hydratation du disque, si l’hydratation est trop élevée ou trop faible, l’absorption de ces petits solutés va être entravée. Pour les molécules de plus grande taille, la diffusion est limitée et il est difficile pour elles de se déplacer à travers le disque. Pour ces molécules, une action de pompage par le mouvement peut jouer un rôle dans leur transport.

On comprend ici, que la charge appliquée sur les disques peut jouer un rôle sur la nutrition du disque en ce qui concerne les gros solutés.

5) Les contraintes et la santé du disque [7,10]

Cette partie va nous permettre de mettre en lumière comment le disque réagit à certaines contraintes afin de nous aider à comprendre comment l’activité physique peut jouer un rôle bénéfique sur la santé du disque.

Les contraintes qui augmentent le risque d’atteintes discales :

  • Le fait de passer de longues périodes dans la même position peut avoir une influence négative sur le transport des nutriments et la santé du disque. Un temps de sédentarité élevé peut avoir un impact négatif sur la capacité des cellules discales à échanger des nutriments et à maintenir la matrice discale. Les emplois de bureau impliquant une position assise seront probablement préjudiciables pour le disque. Cependant, la position debout statique pendant des périodes prolongées n’est peut-être pas l’idéal non plus.
  • Les augmentations extrêmes ou soudaines de l’activité du rachis lombaire ont un impact négatif
  • La charge statique du disque n’est pas bénéfique, avec plus de morts cellulaires, une diminution de la production de composants matriciels, et une augmentation des marqueurs cataboliques et une réduction des marqueurs anaboliques dans le disque.
  • Les fortes contraintes répétitives peuvent entraîner une rupture par fatigue du réseau de collagène et déclencher la dégénérescence.
  • Des activités de soulèvement et/ou de torsion excessives et fréquentes peuvent favoriser le développement de la dégénérescence de discales.
  • La compression axiale à forte charge de la colonne vertébrale seule est plus susceptible de provoquer des fractures de la plaque terminale que des dommages directs au disque. Cependant, cela pourrait conduire à une dégénérescence ultérieure du disque.

Il faut garder à l’esprit que les mouvements à forte compression ou de torsion s’ils sont faits de manière progressive ne seront pas particulièrement néfastes pour le disque.

Les contraintes qui diminuent le risque d’atteintes discales :

  • Le mouvement affecte la circulation des fluides du disque, et donc un temps il permet d’avoir un impact positif sur la capacité des cellules discales à échanger des nutriments et à maintenir la matrice discale.
  • L’application d’une charge de travail à court terme ne semble pas modifier le transport des solutés, mais l’exercice à long terme (à partir de 3 mois) augmente de manière significative le flux de nutriments, probablement en raison du remodelage de la microcirculation.
  • Les changements dégénératifs les moins importants sont observés chez les personnes qui pratiquent une activité physique modérée.
  • La synthèse de la littérature suggère que la charge axiale dynamique de la colonne vertébrale à des vitesses de mouvement lentes à modérer est susceptible d’entraîner des adaptations positives (anabolisme) du disque.
  • Il semblerait que la traction ait un effet mécanique pour élargir les espaces discaux et le foramen intervertébral et réduire l’hypertonie musculaire segmentaire, mais elle a peu ou pas d’effet sur la douleur

6)    Rappels généraux sur quelques idées reçues [10]

En général, les sports avec des impacts comme la course à pied sont perçus comme préjudiciables pour le disque alors que les études nous montrent le contraire. Dans un autre temps, la natation est perçue comme un sport qui permet de prendre soin de son dos (et de ses disques), seulement, des études nous montre qu’au niveau amateur il n’y a pas forcément de bénéfice. Par ailleurs, les sports préjudiciables pour les disques sont généralement retrouvés chez les sportifs de haut niveau dans certains sports comme : la natation (les taux de dégénérescence des DIV étaient les plus élevés chez les nageurs. Une autre étude de ce groupe a montré des taux plus élevés de dégénérescence des disques), le baseball, le criket, la gymnastique… Ces résultas ne sont pas applicables à tout le monde.

L’activité physique est un bon moyen d’avoir des disques en bonne santé, malgré certains facteurs de risque difficilement contournable comme la génétique. Il semblerait que la pratique d’une activité intense serait le plus efficace, mais il semblerait que toute activité soit bénéfique pour la santé des disques. Il faut noter l’heure de la journée compte pour la mise en charge du rachis lombaire. En effet, la pression intradiscale est plus élevée le matin que le soir, ce qui implique un risque de blessure plus élevé le matin lors du port de charge élevée…

7) Le sport et la santé du disque [7,11,12]

Une activité physique modérée de 30 minutes 5 fois par semaine ou une activité physique élevée 20 minutes 3 fois par semaine semble être bonne pour la santé du disque. Ce qui est intéressant, c’est qu’on constate une augmentation de 16,8 % du transport des fluides dans les disques sains, mais que cette augmentation est aussi présente à hauteur de 12,6 % dans les disques dégénératifs avec une charge cyclique à faible taux. Les effets d’une charge chronique mettent du temps à se manifester, c’est pourquoi un exercice régulier est important pour maintenir la santé des disques.

Par ailleurs, il existerait un lien entre la santé cardiovasculaire et la santé des disques. En effet, une bonne santé cardiovasculaire peut potentiellement affecter le flux de liquide discal, en modifiant la disponibilité du sang dans les lits capillaires vertébraux. (Le flux sanguin est plus élevé dans les vertèbres cervicales et plus faible dans les vertèbres lombaires, ce qui signifie qu’une diminution du flux sanguin artériel affecterait davantage les disques lombaires que les disques cervicaux).

On en revient donc pour avoir des disques sains, à devoir pratiquer une activité modérée à intense plusieurs fois par semaine et pourquoi pas y ajouter une activité cardio-vasculaire. Cependant, il faut garder en tête que si vos disques ne sont pas totalement sains, vous devez quand même continuer de pratiquer une activité physique régulière. Certaines études, ont montré que l’entrainement en résistance n’améliorait pas l’aspect des disques, avec des exercices d’extension lombaire.  Cependant, l’entraînement en résistance permet d’améliorer la force, la douleur et la fonction chez les personnes souffrant de dégénérescence discale. Mais elle n’empire pas la santé du disc non plus.

8) Quelques précisions sur certains sports

L’haltérophilie [13] :

Il semblerait que dans une population jeune, l’haltérophilie au niveau amateur n’ait pas d’effet négatif sur les disques intervertébraux de manière chronique ou aiguë.

La course à pied [14] :

Certains auteurs ont affirmé que le métabolisme dans les disques chez l’homme est trop lent pour répondre de manière anabolique à l’exercice pendant la durée de vie humaine. Cette étude montre que l’exercice chronique de la course à pied chez les hommes et les femmes est associé à une meilleure composition des disques (hydratation et teneur en protéoglycanes) et à une hypertrophie des disques. Ce qui soutient l’hypothèse qu’une réponse adaptative, anabolique et hypertrophique est possible dans le disque humain avec l’exercice. Les coureurs de fond et les joggeurs présentent une meilleure hydratation et de meilleurs niveaux de glycosaminoglycanes que les individus non sportifs, sûrement grâce à la charge axiale répétitive de la colonne vertébrale sous le poids du corps pendant la course à pied.

Le cyclisme [15] :

Les cyclistes de haut niveau ont des disques plus épais et mieux hydratés, une taille des muscles paraspinaux similaire ou supérieure avec une teneur en graisse plus faible par rapport aux personnes non sportives, des psoas plus gros et moins de graisse au niveau du psoas et du carré des lombes. Ces données soutiennent l’idée que le cyclisme en soi n’est pas préjudiciable à la colonne vertébrale malgré la position en flexion prolongée qui est considérée comme mauvaise pour les disques, mais qu’il peut au contraire être associé à des changements bénéfiques au niveau de la colonne vertébrale.

Sports chez les jeunes athlètes [16] :

Le basket-ball et le football permettent d’avoir des disques hypertrophiés et plus hydratés. Ce qui n’était pas retrouvé chez les nageurs et les joueurs de baseball.

L’aviron :

Les avironneurs d’élites et professionnels ont des disques avec plus de glycosaminoglycanes qui sont un composant important du disque et qui est moins présent dans les disques dégénérés. Ce qui suggèrent des bénéfices à pratiquer l’aviron malgré les flexions répétées que l’on pourrait penser mauvaise pour les disques.

BIBLIOGRAPHIE

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