Dans cet article, je vais vous montrer que le terme de « dos rond » pose un problème car il est difficile à définir, et du coup, il engendre des débats inutiles !

1) Retour sur les bases anatomiques

Le rachis lombaire est une lordose, donc lorsque l’on fait de la flexion lombaire, ces qui signifie qu’on a une concavité postérieure à ce niveau.

La conséquence de cette position anatomique fait que le rachis lombaire ne s’arrondit pas en flexion lombaire mais il s’aplatit !

Voici un schéma et une radio du rachis lombaire en flexion pour illustrer ce que je vous dis.

2) Retour sur les bases biomécaniques [1,2]

La flexion lombaire est un mouvement qui fait peur à beaucoup de monde (pratiquant de musculation, coach sportif, professionnel de santé…  Cependant, c’est le mouvement fonctionnel du rachis lombaire ! La flexion lombaire est à la fois le mouvement avec le plus d’amplitude mais c’est aussi une amplitude dans laquelle on passe énormément de temps au cours d’une journée.

De plus, les études qui comparent sur une journée le nombre de flexion et le nombre d’extension sur une journée, nous montrent que l’on passe 4.9 heures par jour en flexion contre 24 minutes en extension et que l’on totalise 50 mouvements de fin d’amplitude de flexion contre aucun mouvement de fin d’amplitude en extension.

3) Si « dos rond » correspond à soulevé en flexion lombaire : tout le monde soulève dos rond ! [3,4]

Si l’on s’accorde pour dire que soulevé avec de la flexion lombaire (et non en position « neutre ») correspond à soulevé dos rond, alors tout le monde soulève « dos rond », il n’y a pas de débat sur ce sujet.

On a une étude où des powerlifteurs soulèvent 85 % de leur 1 RM, et pendant ces mouvements, ils sont en flexion lombaire !

Ils utilisent en moyenne 64 à 76 % de leur flexion lombaire maximale !

Ces données sont confirmées par une étude sur le squat qui montrent que les hommes soulèvent avec 26° de flexion lombaire et les femmes 13°.

4) Si « dos rond » correspond à « flexion lombaire maximale », alors c’est différent ! [5,6]

En effet, la flexion lombaire maximale n’est pas atteinte si on se fie aux études précédentes.

Mais on peut se poser une question intéressante : Pourquoi les powerlifteurs essayent de soulever « dos droit » alors qu’ils utilisent déjà beaucoup de flexion ?

Une donnée importante à connaître, et que le rachis lombaire et le disque intervertébral résiste très bien à la compression entre 0 et 75 % de flexion lombaire. Ce qui montre la résistance de ces structures en flexion !

Mais, il faut comprendre que les contraintes sur le rachis lombaires n’augmentent pas de la même manière pour chaque degré de flexion lombaire. En effet, plus on se rapproche de la fin d’amplitude plus les contraintes augmentent de manière importante !

Les powerlifteurs essayent donc de maintenir le « dos droit » pour éviter ces derniers degrés de flexion où les contraintes vont être de plus en plus importantes.

5) Vous ne pouvez pas vous fier à vos yeux pour déterminer la flexion lombaire et les mouvements du bassin d’un individu [7]

Il existe parfois des débats sur les réseaux où les gens argumentent sur la position du rachis lombaire ou du bassin d’athlètes afin de justifier leurs propos « pour » ou « contre » le dos rond.

Mais on a une étude qui nous montre que ce genre débat n’a aucun sens !

Cette étude a porté sur 14 powerlifteurs et 10 haltérophiles olympiques, analysés par 6 physios qui avaient  plus de 8 ans d’expérience et presque 8 ans d’expérience dans l’évaluation et la correction de ces mouvements. Leurs mesures ont été comparées aux mesures de capteurs inertiels.

Les résultats ont montré que les évaluations visuelles des physios de ces mouvements lombo-pelviens pendant l’exécution de ces mouvements  ont montré une faible concordance avec ceux détectés par le système de capteurs inertiels. Pendant le squat, une inclinaison pelvienne postérieure de ≥34° était nécessaire pour détecter visuellement le mouvement.

On ne peut pas se fier à nos yeux pour déterminer la position du rachis lombaire d’un individu, sachez seulement qu’il est en flexion !

BIBLIOGRAPHIE

[1] Narimani M, Arjmand N. Three-dimensional primary and coupled range of motions and movement coordination of the pelvis, lumbar and thoracic spine in standing posture using inertial tracking device. Journal of Biomechanics. 2018;69:169-174.

[2] Rohlmann A, Consmüller T, Dreischarf M, Bashkuev M, Disch A, Pries E et al. Measurement of the number of lumbar spinal movements in the sagittal plane in a 24-hour period. European Spine Journal. 2014;23(11):2375-2384.

[3] Edington CP. Lumbar spine kinematics and kinetics during heavy barbell squat and deadlift variations. September 2017.

[4] McKean M, Dunn P, J. Burkett B. The Lumbar and Sacrum Movement Pattern During the Back Squat Exercise. Journal of Strength and Conditioning Research. 2010;24(10):2731-2741.

[5] Adams M, Hutton W, Stott J. The Resistance to Flexion of the Lumbar Intervertebral Joint. Spine. 1980;5(3):245-253.

[6] Widmer J, Cornaz F, Scheibler G, Spirig J, Snedeker J, Farshad M. Biomechanical contribution of spinal structures to stability of the lumbar spine—novel biomechanical insights. The Spine Journal. 2020;20(10):1705-1716.

[7] Falk J, Aasa U, Berglund L. How accurate are visual assessments by physical therapists of lumbo-pelvic movements during the squat and deadlift?. Physical Therapy in Sport. 2021;50:195-200.

 

 

 

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